27 novembre 2009

Indispensable Afrique

Un enjeu mondial

"Notre problème en Afrique, ce sont les différentes ethnies qui ne parlent pas la même langue : nous avons la Banque mondiale, la coopération française, le Fonds monétaire international, l’Usaid..."

Cette boutade, qui circule au sud du Sahara, résume bien le paradoxe d’une Afrique qui attire les regards sans exprimer ses vues.

Réservoir de matières premières unique en son genre, le continent joue un rôle majeur dans l’économie de la planète. Il suscite la convoitise des pays en expansion, comme la Chine, et l’appétit de multinationales qui, malgré la crise, y réalisent de juteux bénéfices. De même, la lutte contre le terrorisme et la nécessité de sécuriser les approvisionnements énergétiques le placent sur la carte géostratégique des grandes puissances. En quelques années, l’Afrique est ainsi devenue un élément indispensable du jeu mondial de l’après-guerre froide.

Pourtant, cinquante ans après la vague d’indépendance de 1960, les rapports du continent noir avec le reste du monde demeurent marqués par d’implacables logiques de domination. Les institutions financières internationales (IFI) et les Etats bailleurs de fonds (France, Union européenne, etc.) utilisent deux armes redoutables pour orienter le cours des choses : l’argent (aide financière, refus d’annuler une dette aussi asphyxiante qu’inique) et le droit (définition de normes juridiques au travers de traités et d’institutions comme l’Organisation mondiale du commerce, OMC).

Ainsi, malgré le trésor que constituent les ressources de son sol, l’Afrique peine à affirmer ses intérêts propres. En outre, l’émergence de dirigeants pouvant desserrer l’étau international se trouve entravée par les ingérences, directes ou indirectes, des anciens pays colonisateurs. La France, notamment, soutient financièrement, diplomatiquement ou militairement des régimes prévaricateurs (Tchad, Gabon) au mépris de la volonté des populations locales — ce qui ne l’empêchera pas, en 2010, de fêter pompeusement une "année de l’Afrique" à l’occasion de l’anniversaire des indépendances de 1960.

Mais, au-delà des manœuvres occidentales, les élites locales se montrent elles-mêmes incapables de proposer une vision de l’intérêt commun. Internationalisées, acquises à l’idéologie néo-libérale, souvent déconnectées des préoccupations populaires, elles ne peuvent (ou ne veulent) pas utiliser les atouts de leurs pays pour tenter de changer les rapports de forces mondiaux. "Il n’existe pas de vision africaine de la mondialisation", déplore ainsi l’historien congolais Elikia M’Bokolo.

Bon élève des IFI, le continent noir est le plus ouvert au libre-échange, faisant apparaître, tel un miroir grossissant, les traits caractéristiques de l’ordre économique mondialisé. En effet, les masques tombent, en Afrique, plus vite qu’ailleurs : le libre jeu du marché s’y traduit en famines et en inégalités mortelles (44 % de la population subsaharienne vit avec moins de 1 dollar par jour) ; des Etats faibles ou complices laissent les multinationales exploiter sans vergogne des salariés locaux aux droits microscopiques ; la "concurrence libre et non faussée" se sublime en une véritable guerre, dont l’est de la République démocratique du Congo (RDC), avec ses matières premières et ses rebelles armés, demeure le symbole.

Au fond, l’Afrique est l’entropie de notre monde, l’unité de mesure du chaos social et humain qui le caractérise. Elle nous apprend beaucoup sur nous-mêmes. En cela aussi, elle est indispensable. Cependant, alors que la crise financière jette le doute sur le libéralisme économique, le champ des possibles politiques semble s’ouvrir. Les peuples protestent (grèves, manifestations, dynamique du monde associatif, etc.) tandis que les pouvoirs, issus de la démocratisation des années 1990, tendent à se crisper. Coups d’Etat (Mauritanie, Guinée), détournements des élections (Gabon, Ouganda), manipulations constitutionnelles destinées à pérenniser des pouvoirs impopulaires (Niger, Burkina Faso, Congo-Brazzaville, etc.) demeurent fréquents.

En outre, la démographie contribue à modifier les perspectives. Dans la plupart des pays, près de la moitié de la population a moins de 15 ans. Souvent précarisées et sans perspectives, ces nouvelles générations cherchent leur place. Dans les campagnes en crise, les ghettos urbains ou sur les campus paupérisés, elles inventent des références culturelles, alimentant de nouvelles formes de contestation. Dans cet univers mouvant, la tentation de la violence s’installe comme une donnée sociale, un défi pour des populations en quête d’un avenir meilleur.

Quel mouvement, quel dirigeant sera capable de mettre à profit l’énergie populaire et les atouts du continent afin que celui-ci devienne vraiment acteur de son destin ? Après des siècles de domination, l’Afrique saura-t-elle devenir indispensable à elle-même ?

Anne-Cécile Robert

Parution : 11/09
Source(s) : Le Monde diplomatique

26 novembre 2009

Blaxploitation

L'association Blaxploitation expose des affiches originales, photos, pochettes de disque... De Superfly à Human Tornado, en passant par Foxy Brown, la blaxploitation dans ce qu'il y a de plus esthétique.

Date(s) : 21/11 au 11/12/09
Lieu : Dalle les Olympiades (Paris 13e)
Entrée Gratuite

25 novembre 2009

Une flamèche obstinée a embrasé la Guadeloupe

Même si le bras de fer n’est pas terminé aux Antilles, le contraste est saisissant. Au début de l’année 2009, défilés massifs et conflits sociaux se succèdent en France métropolitaine ; dépourvue de dynamique, la mobilisation s’effiloche. Au même moment, à 6 700 kilomètres de distance, une grève générale contre la vie chère embrase la Guadeloupe. Peu sensibles aux chimères de l’activisme médiatique, les animateurs du Liyannaj kont pwofitasyon (LKP) vont récolter les fruits d’un travail militant opiniâtre, d’une volonté d’unité et de la conviction qu’un solide rapport de forces ne nuit jamais à la négociation...

Extrait :

Sa fillette sur les genoux, M. Olivier Méri parle de "lutte de classes" et d’"action de masse", du sorbet à la goyave plein la bouche. Des termes périmés, en métropole. Pas ici, au bord de la mangrove — le marais côtier planté de palétuviers. Pas aujourd’hui, en ce samedi d’août où les pompiers de l’aéroport fêtent leur victoire. Un "midi-minuit", douze heures de zouk à fond et de plats maison (gratin de christophines — sorte de courgettes —, riz forcément créole, mangues à volonté) pour récompenser six mois de grève en continu — avec occupation de la chambre de commerce et d’industrie (CCI), recours au tribunal administratif, médiation du préfet.

"On est parti de presque rien, hein, au départ ?" M. Méri se tourne vers son "mentor" Eddy Damas, salarié de France Télécom et cadre de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG), qui fume une cigarette en retrait : "En 2006, le conseil syndical de l’UGTG m’a donné l’ordre de relancer l’union locale des entreprises de l’aéroport. C’était un point stratégique, et pourtant en sommeil. Nous n’avions alors qu’un seul syndiqué parmi les pompiers. A force de réunions, d’enquêtes, de tractage, nous en avons aujourd’hui dix-sept sur trente-deux...

- C’est si important, pour vous, le tractage ?

- Essentiel. Quand tu distribues un papier, l’article compte à peine. C’est grâce à la poignée de main, grâce à l’échange autour que l’on persuade lentement, que nos idées se distillent dans le corps social. Et surtout, quand tu diffuses avec ton tee-shirt de l’UGTG, c’est un bon thermomètre. Tu prends la température, et parfois tu sens que les gens sont chauds."

Auteur(s) : François Ruffin

Parution : 11/09
Version intégrale : Le Monde diplomatique (en kiosques)

24 novembre 2009

Fort-de-France la singulière

Il est en Martinique un endroit surprenant où le passé à son aise vient tutoyer le présent. Une ville en bord de mer, écrasée de soleil, inondée par les pluies, emplie de silence ou battue par les vents. Fort-de-france "la belle" est un endroit magique au caractère changeant. Les rencontres humaines se croquent avec plaisir et ont un goût de sel.

Notre fil rouge est un personnage malicieux, un peu magicien, un peu fantôme. Il s'appelle Yvan Labéjof. Ce comédien, metteur en scène de théâtre, a travaillé avec de grands noms de la scène comme Michel Simon, Jean-Marie Serreau. Le verbe haut, une voix mélodieuse, il est notre guide à travers les quartiers, les rencontres, l'Histoire de la ville.

De passage à Fort-de-France, il nous entraîne pendant 48 heures, sur les traces de son ami Aimé Césaire, dans la vie de cette métropole des Antilles. Une longue journée de découverte où notre guide embrasse avec légèreté le Fort-de-France de 2009, mais porte un regard sans concession sur le passé de cette ville.

Réalisation : Christian Arti

Diffusion : 03/12/09 - France Ô - 20h35
Info+ : diffusion sur le réseau RFO la semaine du 30/11/09

23 novembre 2009

Plus fort que les minorités...
les mesures visibles

La ministre de l'outre-mer Marie-Luce Penchard, qui entame lundi un déplacement de deux jours à La Réunion, souhaite que les premiers résultats des 137 mesures pour l'outre-mer annoncées le 6 novembre par Nicolas Sarkozy "soient visibles avant la fin de l'année".

A l'inverse de son prédécesseur, Yves Jégo, Mme Penchard souligne qu'elle dispose d'une "feuille de route", dans deux interviews à paraître lundi dans le Quotidien de la Réunion et le Journal de l'Ile de la Réunion.

"Ma feuille de route est claire: je vais faire appliquer ces mesures qui ont pour objectif notamment le développement endogène des territoires. Je souhaite donc que les premiers résultats soient visibles avant la fin de l'année", affirme-t-elle.

Les premières mesures seront "déclinées dès le budget 2010", le gouvernement ayant "fait procéder en urgence à des amendements en ce sens", précise Mme Penchard.

La ministre de l'outre-mer affirme par ailleurs que le nouveau décret sur la fixation du prix des carburants dans les DOM, en phase de consultation auprès des élus, "pourra entrer en vigueur en tout début d'année 2010".

Ce projet permettra de modifier les tarifs de l'essence chaque mois pour éviter un trop grand décalage avec l'évolution des cours mondiaux du pétrole et vise une plus grande transparence.

Mme Penchard ne s'estime pas liée par les promesses de M. Jégo de 50.000 billets d'avion par an à 440 euros HT. "Les évaluations réalisées à un moment donné ne nous lient pas", dit-elle.

Pour le projet de "tram train" d'un coût de 1,6 milliard d'euros - une ligne de 40 km traversant quatre communes et reliant le nord à l'ouest de La Réunion- elle déclare que l'Etat "versera bien les 435 millions d'aides, qui concernent l'équipement".

Mais elle ne "peut pas répondre dans l'urgence" à la demande nouvelle du conseil régional présidé par Paul Vergès (PCR) faite à l'Etat de 80 millions d'euros annuels supplémentaires, soit "80% des frais de fonctionnement du service".

"Si la Région fait face à une diminution de ses recettes, il lui revient de revoir le calendrier de son projet, ainsi que les moyens nécessaires, plutôt que de vouloir faire porter la responsabilité à d'autres", déclare Mme Penchard.

Source(s) : Le Point - 22/11/09

Ca s'est parlé : CIOM - Les principales mesures