30 octobre 2008

Créole au Bac en métropole

Depuis la rentrée 2008, une poignée de lycéens de deux établissements d’Ile-de-France suivent des cours de créole. Cette expérimentation menée par le ministère de l’Education nationale est le fruit d’un long travail engagé par un petit collectif. Lequel n’entend pas en rester là.

Depuis le début de l’année scolaire, Jean-Pierre Chaville se rend, chaque mercredi après-midi, au lycée Paul Eluard de Saint-Denis. Cet ingénieur de 41 ans, guadeloupéen, y retrouve 9 lycéens (8 secondes et un première) pour un cours de créole. Hormis un élève, contraint par ses parents, les jeunes, originaires de Guadeloupe ou de Martinique pour la plupart, voire d’Haïti et de Guyane, suivent ce cours de leur plein gré. "Par curiosité pour la langue de leur culture", explique l’enseignant. Une routine scolaire qui peut paraître anodine mais qui tient lieu, pour les défenseurs de cette langue, de révolution.

Jusqu’à récemment en effet, l’enseignement du créole au sein de l’Education nationale était réservé aux seuls départements d’Outre-mer où la langue régionale est pratiquée -Martinique, Guadeloupe, Guyane et Réunion. Le travail de lobbying mené depuis 2004, notamment par le Collectif pour le créole au bac dans l’hexagone (cinq personnes, dont M. Chaville), a néanmoins abouti en 2007 à la création d’une épreuve obligatoire de créole au baccalauréat pour les élèves de France métropolitaine. Problème : aucun cours n’avait été prévu en parallèle dans les établissements pour accompagner les candidats. "Avec Tony Mango, un autre membre du collectif qui enseigne également dans le milieu associatif, on retrouvait parfois ces lycéens dans les cours du soir ou du week end", se souvient Jean-Pierre Chaville. Mais "ces associations ne sont pas le lieu idéal pour préparer une épreuve du bac".

Improvisation - Et puis, cette année, M. Mango et lui ont été contactés, "un peu en catastrophe", par le ministère de l’Education nationale à la rentrée pour enseigner, à titre d’expérimentation, à deux classes de secondes. Une bonne nouvelle, mais il a fallu improviser. "Pour l’instant, on n’a aucune consigne", reconnaît Jean-Pierre Chaville. Cet habitué du milieu associatif, où il donne des cours depuis plus de dix ans, n’a certes pas eu de mal à mettre au point un cours d’initiation. Mais, "si l’expérience devait se poursuivre en première et en terminale (comme le prévoît un communiqué de la Délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français à l’Outre-mer NDLR), il faudra mettre en place une vraie organisation, pérenne".

Cela signifie notamment élaborer un programme adapté au public hexagonal, où élèves d’origine antillaise côtoient Réunionnais et métropolitains, et former des enseignants, donc ouvrir des postes supplémentaires au Capes. Pour l’instant, les deux enseignants, qui ont tous deux une occupation professionnelle autre, donnent des cours sur leur temps personnel. Or, constate Jean-Pierre Chaville, l’épreuve séduit de plus en plus de bacheliers. "Trente-cinq élèves se sont inscrits en France hexagonale à l’épreuve obligatoire en 2007, et 40 en juin 2008".

Toujours plus - Ces avancées sensibles ne satisfont pas, néanmoins, le collectif. "Il y a encore les épreuves facultatives que nous n’avons pas obtenues", rappelle Tony Mango, l’autre créolophone recruté par le ministère de l’Education nationale pour enseigner à des secondes et des terminales au lycée Léon Blum de Créteil. Un enjeu de taille, car, selon lui, "c’est en général le premier choix des jeunes, compte tenu du faible risque" que représente l’épreuve sur la moyenne du candidat au bac. "S’ils ouvrent l’option facultative, les demandes vont exploser", prédit celui qui est aussi directeur de l’Union départementale des MJC du Val de Marne.

Décidé à obtenir gain de cause sur ce point, le collectif envisage désormais d’engager "une procédure devant le tribunal administratif". "On a envoyé un courrier au ministère de l’Education nationale qui nous a répondu que l’option facultative ne pouvait se faire que dans les territoires où la langue est en usage", explique M. Mango. "Mais ce discours-là, nous ne pouvons pas l’accepter, parce que cela signifierait que la langue créole n’est pas en usage dans l’hexagone ! Or, on pourrait créer un cinquième département rien qu’avec la population antillaise de la région parisienne. C’est ne pas tenir compte de la réalité, de la vitalité de la langue et de la culture".

L’heure reste donc à la mobilisation, d’autant que l’introduction en juillet dans la Constitution française de l’article 75-1, qui range les langues régionales parmi le "patrimoine de la France", a ouvert de nouvelles perspectives. "Il devrait en principe y avoir l’année prochaine une loi-cadre sur la question des langues régionales", rappelle Tony Mango. "C’est pourquoi il nous faut absolument avancer sur le sujet, pour que le créole ne se retrouve pas le dindon de la farce". Autrement dit : "Qu’il ne soit pas le bwabwa au carnaval des autres".

Source : RFO © Pauline Fréour

Info+ : Bak kréyòl 2008 maké - Séri L

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